Il y a deux ans, jour pour jour, je concluais un voyage de 7 mois en Colombie-Britannique et en Indonésie. Je ressentais depuis 5 jours une douleur dans ma cheville gauche qui ne faisait qu’augmenter au fil des jours.
Il y a deux ans, ma cheville était bleutée, voire noire, et visiblement, une méchante bactérie causait de l’infection dans ma jambe gauche, cette infection grimpant dans ma jambe à vue d’œil.
Il y a deux ans, dans l’espoir naïf d’atteindre le Canada, j’avais pris l’avion 1 entre l’Indonésie et la Malaisie, puis l’avion 2 entre la Malaisie et Singapour. Puis, la pression des avions ayant fait augmenter ma douleur de manière exponentielle, je suis allée à la clinique de l’aéroport de Singapour. L’objectif était que le médecin donne son « OK » pour que je prenne l’avion 3 entre Singapour et Hong-Kong, puis l’avion 4 entre Hong-Kong et Vancouver, puis l’avion 5 entre Vancouver et Montréal.
Il y a deux ans, j’ai vu le médecin de l’aéroport blêmir en voyant ma jambe enflée et marine. Et j’ai entendu les mots qui ont fait l’effet d’une bombe sur ma vie : « You should be in a hospital! You are going to a hospital RIGHT NOW. »
Il y a deux ans, je me suis fait hospitalisée d’urgence, seule à l’autre bout du monde, dans l’hôpital privé le plus high-class de Singapour.
Il y a deux ans, à 1 h du matin, heure singapourienne, après avoir été branchée sur antibiotiques intraveineux, j’ai entendu le médecin de nuit me dire : « If your leg is not half the size it is now at 8 o’clock in the morning, we will have to amputate it. »
Il y a deux ans, de mon lit d’hôpital, plus apeurée qu’il n’est possible de l’être, j’ai téléphoné à mes parents au Québec. Et j’ai, paraîtrait-il, tenté de les rassurer sur ma condition. Mais mon père et ma mère ne sont pas dupes. Et il y a deux ans, je pense, commençait leur pire cauchemar à eux aussi.
Il y a deux ans, j’ai passé 7 heures seule dans mon lit d’hôpital à fixer le plafond. À ne pas y croire. À espérer l’impossible, à ignorer mes angoisses, à ne pas pleurer, surtout. Surtout, ne pas pleurer.
Il y a deux ans, j’ai passé une nuit entière à scruter ma jambe gauche, à noter tout changement, à espérer une évolution, si minime soit-elle.
Il y a deux ans, quand l’orthopédiste est passé dans ma chambre à 8 h du matin, je n’ai pas prié. Je ne prie pas, moi. Mais j’ai quand même croisé les doigts, fermé les yeux, pris une grande inspiration. J’ai laissé cet orthopédiste qui allait me sauver la vie découvrir ma jambe, je l’ai laissé la regarder, je l’ai laissé la toucher, malgré la douleur atroce qui me transperçait.
Il y a deux ans, j’ai tendu l’oreille lorsqu’il a affirmé voir une amélioration.
Il y a deux ans, j’ai su à cet instant précis que j’allais gagner la bataille.
Les longs mois qui suivirent furent une difficile suite d’opérations, de douleur, de greffe de peau, de chaise roulante, de douleur, de plâtre, de douleur, de marchette, de douleur, de douleur, de docteurs, d’antibiotiques intraveineux coûteux, d’hôpitaux, de douleur…
Mais les mois suivants ont aussi été empreints de mots d’encouragement, de sollicitude, d’amitié, d’amour. J’ai rencontré mon futur Fiancé entre deux poches portatives de médicaments intraveineux, je suis même devenue amoureuse de lui, j’ai renoué avec mes amis, avec mon appartement, avec mes charmantes colocataires, et j’ai vu mes parents et ma soeur se battre comme jamais pour moi, pour m’aider à me sortir de là .
Je ne sais pas trop pourquoi je vous raconte ça aujourd’hui.
Ça fait juste 2 ans et parfois, j’ai l’impression que ce n’est jamais réellement arrivé.
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