12 mars 2006. Il y a deux ans aujourd’hui.
Il y a deux ans, jour pour jour, je concluais un voyage de 7 mois en Colombie-Britannique et en Indonésie. Je ressentais depuis 5 jours une douleur dans ma cheville gauche qui ne faisait qu’augmenter au fil des jours.
Il y a deux ans, ma cheville était bleutée, voire noire, et visiblement, une méchante bactérie causait de l’infection dans ma jambe gauche, cette infection grimpant dans ma jambe à vue d’œil.
Il y a deux ans, dans l’espoir naïf d’atteindre le Canada, j’avais pris l’avion 1 entre l’Indonésie et la Malaisie, puis l’avion 2 entre la Malaisie et Singapour. Puis, la pression des avions ayant fait augmenter ma douleur de manière exponentielle, je suis allée à la clinique de l’aéroport de Singapour. L’objectif était que le médecin donne son « OK » pour que je prenne l’avion 3 entre Singapour et Hong-Kong, puis l’avion 4 entre Hong-Kong et Vancouver, puis l’avion 5 entre Vancouver et Montréal.
Il y a deux ans, j’ai vu le médecin de l’aéroport blêmir en voyant ma jambe enflée et marine. Et j’ai entendu les mots qui ont fait l’effet d’une bombe sur ma vie : « You should be in a hospital! You are going to a hospital RIGHT NOW. »
Il y a deux ans, je me suis fait hospitalisée d’urgence, seule à l’autre bout du monde, dans l’hôpital privé le plus high-class de Singapour.
Il y a deux ans, à 1 h du matin, heure singapourienne, après avoir été branchée sur antibiotiques intraveineux, j’ai entendu le médecin de nuit me dire : « If your leg is not half the size it is now at 8 o’clock in the morning, we will have to amputate it. »
Il y a deux ans, de mon lit d’hôpital, plus apeurée qu’il n’est possible de l’être, j’ai téléphoné à mes parents au Québec. Et j’ai, paraîtrait-il, tenté de les rassurer sur ma condition. Mais mon père et ma mère ne sont pas dupes. Et il y a deux ans, je pense, commençait leur pire cauchemar à eux aussi.
Il y a deux ans, j’ai passé 7 heures seule dans mon lit d’hôpital à fixer le plafond. À ne pas y croire. À espérer l’impossible, à ignorer mes angoisses, à ne pas pleurer, surtout. Surtout, ne pas pleurer.
Il y a deux ans, j’ai passé une nuit entière à scruter ma jambe gauche, à noter tout changement, à espérer une évolution, si minime soit-elle.
Il y a deux ans, quand l’orthopédiste est passé dans ma chambre à 8 h du matin, je n’ai pas prié. Je ne prie pas, moi. Mais j’ai quand même croisé les doigts, fermé les yeux, pris une grande inspiration. J’ai laissé cet orthopédiste qui allait me sauver la vie découvrir ma jambe, je l’ai laissé la regarder, je l’ai laissé la toucher, malgré la douleur atroce qui me transperçait.
Il y a deux ans, j’ai tendu l’oreille lorsqu’il a affirmé voir une amélioration.
Il y a deux ans, j’ai su à cet instant précis que j’allais gagner la bataille.
Les longs mois qui suivirent furent une difficile suite d’opérations, de douleur, de greffe de peau, de chaise roulante, de douleur, de plâtre, de douleur, de marchette, de douleur, de douleur, de docteurs, d’antibiotiques intraveineux coûteux, d’hôpitaux, de douleur…
Mais les mois suivants ont aussi été empreints de mots d’encouragement, de sollicitude, d’amitié, d’amour. J’ai rencontré mon futur Fiancé entre deux poches portatives de médicaments intraveineux, je suis même devenue amoureuse de lui, j’ai renoué avec mes amis, avec mon appartement, avec mes charmantes colocataires, et j’ai vu mes parents et ma soeur se battre comme jamais pour moi, pour m’aider à me sortir de là .
Je ne sais pas trop pourquoi je vous raconte ça aujourd’hui.
Ça fait juste 2 ans et parfois, j’ai l’impression que ce n’est jamais réellement arrivé.
capitaine said,
mars 12, 2008 @ 20:21
Je suis sincèrement contente que tu t’en sois sortie.
…
J’ai ainsi pu rencontrer, il y a presque deux ans de cela, la gens sympathique, forte, persévérante et adorable qui fait partie de ma vie aujourd’hui.
Je vais être “kitch” à mon tour :
Je t’aime et m’ennuie. Pour vrai.
Mouha.
Caroline said,
mars 13, 2008 @ 8:02
Un beau moment d’écriture aujourd’hui, Aude.
Capitaine m’a devancée. Je voulais aussi te dire qu’il y a presque deux ans, je me souviens être entré dans le séminaire de Pons en me demandant ce que je foutais là . Avec le temps, j’ai rencontré des personnes extraordinaires, comme une certaine fille qui se remettait d’un voyage à l’autre bout du monde!
Nostalgie, quand tu nous tient! Bonne journée!
Marjorie said,
mars 13, 2008 @ 12:14
Je me souviens de ces longues journées à attendre désespérément que Maman Favreau nous appelle pour nous donner des nouvelles sur l’évolution de ta condition…
Je me souviens des larmes que nous avons versées en apprenant chaque fois que la bactérie ne s’était pas guérie et que tu devrais encore passer plusieurs jours avec tes poches.
Mais je me souviens surtout de la belle soirée que nous avions passée avec toi, chez tes parents, à crier à ton pied : MEURS, MOTTE NOIRE!! MEURS!!!
Elle nous aura finalement écoutés!
Ka la gaffe said,
mars 13, 2008 @ 21:58
Et que dire de cette belle chanson de Math aussi dans laquelle il hurle qu’il aime ton pied. Ton pied aura certes créé des émois…
Ti-pop said,
mars 13, 2008 @ 22:44
Salut ma chouette
J’ai pensé que j’avais versé toutes les larmes de mon corps durant cette douloureuse épreuve, mais non. En te lisant ce soir j’ai constaté qu’il me restait quelques larmes. Bonne nuit , je t’aime.
Ti-mom said,
mars 14, 2008 @ 21:51
Il y a 2 ans et 2 jours aujourd’hui, je nous revois ce dimanche après-midi, fous de joie d’entendre ta voix, et fous de désespoir l’instant d’après de te savoir si loin, si seule, si souffrante. Il y a 2 ans et 2 jours, on a rencontré le courage. Tu nous manques. Je t’aime XXXX
Sam said,
mars 15, 2008 @ 1:29
Aude, ça a été un enfer et je suis vraiment content que tu t’en sois sortie. Une naine, c’est cute. Une naine un pied en moins, c’est triste, disons.
Moi c’est la passe où tu as entendu le mot AMPUTATION alors que t’étais seule à l’autre bout du Monde. Ça a du être les pires heures de ta vie.
Je me souviendrai toujours de ton mot de condoléances alors que t’étais si loin. Je le relis encore à chaque mois.
Je t’aime. Debout en plus!
Sammyxxx
Eli Bobette said,
mars 16, 2008 @ 21:07
Ton histoire est si bien écrite…elle m’a beaucoup touchée! Car, au-delà de cette douleur, tu as su trouver courage, ténacité et amour auprès de tes pairs et ça, c’est magnifique
Je te connais peu, mais je peux te dire que ça ne me surprend vraiment pas de voir que tu as su passer au travers de tout ça. Quand tu as raconté ton histoire dans l’autobus (aux JDLC), je t’ai écouté attentivement et je me souviens t’avoir trouvé forte!