Faire face à la mort, version Web 2.0

Il y a quelque chose d’infiniment étrange à apprendre la mort de quelqu’un par Facebook. Comme si le triomphe de cette douteuse et omniprésente plateforme virtuelle s’affirmait encore une fois dans une nouvelle dimension.

Je suis originaire de la région de Cowansville. Qui dit “petite ville” dit “tout le monde se connaît”. Comme plusieurs des jeunes adultes du coin (et par “plusieurs”, je veux dire “beaucoup trop”), j’ai fait face aux multiples décès de personnes de mon âge, et ce, plusieurs fois au cours des dernières années. Il y a une malédiction qui plane sur nous, ou je ne sais trop quoi, mais les accidents, au fil des ans, se sont faits fréquents… et meurtriers.

Je ne connaissais pas personnellement celui qui est décédé plus récemment dans un accident de la route. Mais il était l’ami de plusieurs personnes qui me sont chères, et donc, je me retrouve à penser à lui, tout en ayant un gout amer dans la bouche, conséquence de mon écoeurement pour la-mort-cette-injuste. Je navigue également du côté du groupe Facebook qui a été créé à son intention. Je lis les messages d’adieu de ses amis, regarde des photos et me surprends à littéralement faire face à la mort, version Web 2.0. En voilà, une première!

Je suis certaine que tous ses amis ressentent un réconfort à écrire sur Facebook. Mais je me suprends à espérer qu’ils se réunissent et se retrouvent dans cette douloureuse épreuve, qu’ils prennent le temps de passer à travers cette difficile et insensée expérience ENSEMBLE.

Dans le même lieu, je veux dire.

Sans ordinateur. Sans Facebook. Sans écran “protecteur” de la réalité. Sans nouvelles instantanées. Sans barrières, surtout.

J’ai l’impression que la mort 2.0 manque un peu de rapprochements, d’amour, de sollicitude, de peau, de pleurs, de câlins, de larmes, de mouchoirs, de sourires et de rires aussi, de feeling, vous savez?

Et tout ceci dit, je m’étonne par-dessus tout à espérer très fort que dans la controversée “après mort”, nous ayons des trucs plus palpitants à faire que d’aller chiller sur Facebook pour lire les messages d’amour qui nous sont destinés.

Bon voyage à toi.

2 commentaires »

  1. Z@beille said,

    juin 10, 2008 @ 20:10

    Je pense que j’ai vu passé ce groupe dernièrement…
    Enfin, c’est particulier que tu en parles maintenant, car je pensais justement dernièrement à l’espèce de complication qu’apportent les mondes virtuels dans le réel, et tout particulièrement en ce qui concerne la mort. Facebook, c’est ce qu’on connaît actuellement. Mais il y a quelques années, quand c’était MSN Powa, un ami a moi s’est enlevé la vie. J’étais vraiment embêtée à savoir ce que je devais faire de son contact dans ma liste, car décidément, ne détruit pas son avatar une fois mort qui veut. Un peu comme le vieux monsieur dans Amélie Poulain, dans l’intro, qui rature dans son carnet d’adresses (en papier!) un énième nom d’un de ses amis qui vient tout juste de décéder, j’ai simplement flushé l’avatar de l’ami. Mais reste que… virtuellement, il n’est toujours pas mort. Je sais pas, il y a quelque chose de malsain à vivre deux existences, voire plus… un Q, que tu dois sans doute connaître : Second Life…. bien il y a des gens qui passent le plus clair de leur temps à vivre par leurs avatars… bon, j’arrête ici car ce n’est qu’en balbutiements, mais tu vois un peu la réflexion, non?
    Mais oui, vive l’humain.

  2. Cath said,

    juin 27, 2008 @ 15:21

    L’ami d’un de mes amis est justement décédé de cause accidentelle récemment. Mon ami trouvait un peu weird de pouvoir encore consulter son Facebook, en fait, que tous ses amis et connaissances lointaines puissent le faire. Faudrait penser à inclure dans notre testament une clause avec tous nos comptes électroniques et nos mots de passe pour qu’ils soient deletés à notre mort.
    Mais quand on y pense, tout ça fait étrange…

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